Histoire

Béhanzin, le dernier roi libre du Dahomey

Il a affronté la France, brûlé sa propre capitale plutôt que de la livrer, et fini en exil. L'histoire du dernier roi indépendant du Dahomey.

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Gravure de Béhanzin, roi du Dahomey, drapé et fumant la pipe, d'après Alexandre d'Albéca (1895)
Béhanzin, roi du Dahomey de 1889 à 1894. Gravure d'après Alexandre L. d'Albéca, La France au Dahomey (1895) — regard français sur le roi qui leur résista. Domaine public.

Il y a des rois qui perdent leur trône. Et il y a ceux qui, avant de le perdre, brûlent leur propre capitale pour ne pas la livrer intacte.

Béhanzin appartient à la seconde catégorie.

L'héritier d'un royaume sous pression

Quand il monte sur le trône d'Abomey en 1889, le Dahomey est encore l'une des grandes puissances d'Afrique de l'Ouest. Mais l'étau se resserre. La France s'est installée sur la côte : Porto-Novo est passée sous protectorat, et le port de Cotonou fait l'objet d'un litige que Paris interprète à son avantage.

Béhanzin refuse cette lecture. Pour lui, Cotonou appartient au Dahomey, et aucun traité signé dans des conditions douteuses n'y changera rien.

Le nouveau roi sait ce qui l'attend. Il passera l'essentiel de son règne à préparer son royaume à la guerre : achat de fusils modernes, réorganisation de l'armée, diplomatie avec les Allemands pour contourner les Français. Et en première ligne de cette armée, les Agojie, le corps d'élite féminin dont nous avons raconté la véritable histoire.

La première guerre, 1890

Les hostilités éclatent en février 1890. À Cotonou, puis à Atchoukpa, l'armée dahoméenne attaque les positions françaises.

Les combats surprennent le corps expéditionnaire par leur violence. Les Agojie atteignent les lignes françaises au corps à corps, sous le feu. Le conflit s'achève par un traité qui ne règle rien : la France garde Cotonou, le Dahomey garde sa souveraineté, et chacun sait que ce n'est qu'un sursis.

La seconde guerre, 1892 à 1894

La véritable épreuve arrive deux ans plus tard. La colonne du colonel Dodds, forte de fusils Lebel, de mitrailleuses et de la Légion étrangère, remonte vers Abomey.

L'affrontement décisif a lieu à Adegon, en octobre 1892. Les Agojie chargent des carrés d'infanterie moderne. Le corps à corps est effroyable, les pertes massives. C'est là que le régiment est brisé.

En novembre 1892, plutôt que de livrer sa capitale, Béhanzin fait incendier Abomey. Les palais royaux, sanctuaires de dix générations de rois, brûlent sur son ordre. Le geste dit tout de l'homme : la soumission n'est pas une option.

Il résiste encore une année entière, en guérilla, avant de se rendre en janvier 1894.

Gravure : Béhanzin, drapé et pipe à la bouche, entouré d'officiers français en casque colonial, à sa reddition au poste de Goho en janvier 1894
Béhanzin arrivant au poste de Goho pour sa reddition, janvier 1894. Gravure d'Alfred Paris, dans A. L. d'Albéca, La France au Dahomey (1895). Domaine public.

L'exil

La France le déporte d'abord en Martinique, à l'autre bout de l'Atlantique que son royaume avait connu par la traite. Puis en Algérie.

Béhanzin meurt à Blida en 1906, sans avoir jamais revu Abomey. Il avait demandé une seule chose : rentrer chez lui. On la lui a refusée de son vivant.

Ses restes ne retrouveront le Dahomey qu'en 1928, vingt-deux ans après sa mort.

Ce qui reste

Aujourd'hui, une statue monumentale de Béhanzin se dresse place Goho à Abomey, à l'endroit même où il se serait rendu aux Français. Le Bénin l'a réintégré au panthéon national, comme il l'a fait pour les Agojie avec le monument Amazone de Cotonou.

Chez DAHOMINA, nous portons le nom de son royaume. Ce que Béhanzin incarne dépasse la défaite militaire : le refus de se rendre tant qu'il reste une carte à jouer, et la dignité quand il n'en reste plus. Un an de guérilla après la chute de sa capitale. Une demande de retour jamais abandonnée.

L'excellence n'est pas une option. La dignité non plus.