Il y a des rois qui perdent leur trône. Et il y a ceux qui, avant de le perdre, brûlent leur propre capitale pour ne pas la livrer intacte.
Béhanzin appartient à la seconde catégorie.
L'héritier d'un royaume sous pression
Quand il monte sur le trône d'Abomey en 1889, le Dahomey est encore l'une des grandes puissances d'Afrique de l'Ouest. Mais l'étau se resserre. La France s'est installée sur la côte : Porto-Novo est passée sous protectorat, et le port de Cotonou fait l'objet d'un litige que Paris interprète à son avantage.
Béhanzin refuse cette lecture. Pour lui, Cotonou appartient au Dahomey, et aucun traité signé dans des conditions douteuses n'y changera rien.
Le nouveau roi sait ce qui l'attend. Il passera l'essentiel de son règne à préparer son royaume à la guerre : achat de fusils modernes, réorganisation de l'armée, diplomatie avec les Allemands pour contourner les Français. Et en première ligne de cette armée, les Agojie, le corps d'élite féminin dont nous avons raconté la véritable histoire.
La première guerre, 1890
Les hostilités éclatent en février 1890. À Cotonou, puis à Atchoukpa, l'armée dahoméenne attaque les positions françaises.
Les combats surprennent le corps expéditionnaire par leur violence. Les Agojie atteignent les lignes françaises au corps à corps, sous le feu. Le conflit s'achève par un traité qui ne règle rien : la France garde Cotonou, le Dahomey garde sa souveraineté, et chacun sait que ce n'est qu'un sursis.
La seconde guerre, 1892 à 1894
La véritable épreuve arrive deux ans plus tard. La colonne du colonel Dodds, forte de fusils Lebel, de mitrailleuses et de la Légion étrangère, remonte vers Abomey.
L'affrontement décisif a lieu à Adegon, en octobre 1892. Les Agojie chargent des carrés d'infanterie moderne. Le corps à corps est effroyable, les pertes massives. C'est là que le régiment est brisé.
En novembre 1892, plutôt que de livrer sa capitale, Béhanzin fait incendier Abomey. Les palais royaux, sanctuaires de dix générations de rois, brûlent sur son ordre. Le geste dit tout de l'homme : la soumission n'est pas une option.
Il résiste encore une année entière, en guérilla, avant de se rendre en janvier 1894.